A
droite, le droit de la propriété intellectuelle, massif et
imposant, luttant sous la bannière du copyright.
A
gauche, la Liberté du Web, prête à défendre bec et ongles sa
sacro-sainte gratuité et dont l'étendue du contenu intellectuel et
artistique est inimaginable.
Clarifions
les choses dès le début: je ne suis pas un détracteur du droit de
la propriété intellectuelle, c'est même l'inverse: toutes
créations suscitants un peu d'intérêt seraient immédiatement
détournées par d'autres pour en tirer les profits, au détriment de
son auteur. Par conséquent, cela décourageait considérablement les
investissements dans les domaines artistiques et scientifiques.
En
revanche ce que je critique, c'est la nouvelle forme qu'a pris ce
droit.
Harmonisation
européenne et même mondiale en la matière oblige, cette branche du
Droit illustre assez bien les travers qui frappent le Droit en
général depuis une trentaine d'années : une augmentation
exponentielle du nombre de textes en la matière, des problèmes
d'articulation dans la hiérarchie des normes, la récupération
politique de certains textes qui en efface la cohérence...
Le
site Copyright
Madness référence
d'ailleurs les cas les plus loufoques et extrêmes de cette
tendance.
Une
petite illustration pour y voir plus clair :
Nous
sommes en Janvier 2012. Les campagnes présidentielles battent leur
plein, on parle partout de crise économique et de la fin du monde
qui approche... Pendant ce temps là, 22 membres de l'Union
Européenne signent "L'accord
commercial anti-contrefaçon" plus connu sous le nom
de ACTA (pour Anti-Counterfeiting
Trade Agreement).
Le but de ce traité est donc d'agir contre la contrefaçon. Mais
qu'est-ce que c'est la contre-façon ?
Réflexe de
juriste, je me saisi du "Vocabulaire
Juridique Cornu" :
est une contrefaçon en
matière de propriété intellectuelle (...) une atteinte portée à
un droit de propriété littéraire, artistique,
industrielle,(reproduction, imitation, vente, mise en vente). Bref la
définition est très large et on se sent pas plus avancé que ça.
Et c'est bien là le problème.
Sous
couvert de la lutte contre la contrefaçon, le traité prévoyait des
mesures assez critiquées comme la systématisation du blocage des
médicaments génériques dans des pays en voie de développement ou,
et c'est ce qui nous intéresse, un risque massif de censure sur
Internet pour tout contenu qui enfreindrait le droit de la propriété
intellectuelle.
Si
les droits patrimoniaux des auteurs sont relativement étendus,
ceux-ci connaissent toutes fois des tempéraments (en droit Français)
avec l'exception
d'analyse et de courtes citations permettant
d'utiliser un extrait d'une œuvre dans un but critique, polémique
ou pédagogique (ex: critique d'un film ) ou l'exception
de parodie qui
autorise une utilisation de l'œuvre dans un but pour une parodie, un
pastiche ou une caricature ( ex : mon utilisation de l'univers de
Star Wars dans sur la planche "Je
suis ton Fisc").
Si
je détaille cela, c'est parce que ACTA prévoyait de réduire le
champ de ces tempéraments et par conséquent, faisait courir sur le
Web un risque extraordinaire de censure.
Mais
comme vous l'avez constaté je parle au passé : bien que signé
par un grand nombre d’états, le traité n'a jamais été ratifié
par le Parlement Européen qui l'a massivement rejeté le 4 Juillet
2012 par 478 voix contre et 39 pour.
Même
si ACTA a été mis hors jeu, la menace existe toujours pourtant avec
d'autres projets, souvent portés dans l'ombre.
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